Gloire à celles et ceux qui cherchent

Ces derniers temps, j’ai laissé le blog en pause parce que je faisais d’autres choses. Mais j’ai gardé un œil sur quelques actualités rôlistes bien bouillantes. J’ai lu régulièrement des postes atterrants, que je ne relayerai pas ici parce que ce serait en faire la publicité, même pour y dénoncer tout ce que j’y trouve de répugnant, voire de dangereux. Traiter une génération de « fragiles » (et le mot était bien employé comme insulte) parce qu’elle découvre des moyens d’assurer la sécurité émotionnelle des participants et participantes à une partie de jeu de rôle m’apparait comme fascisant. On dénigre le besoin de bienveillance au profit d’un jeu « vrai » , « pur » , « à l’ancienne » . Bbbrrrr. Mais je n’en dirai pas plus, promis.

J’ai plutôt décidé de vous parler de ce qui me passionne pour le moment au niveau rôliste. Le but de ce blog est de faire de l’analyse et de l’écriture en profondeur mais aussi d’être bienveillant et constructif. Je préfère donc célébrer celles et ceux qui cherchent autant qu’iels le peuvent de nouvelles façons de jouer plutôt que de braquer le projecteur sur les râleurs et les conservateurs de tout bord.

Malheureusement je n’ai pas le temps de disséquer tout ça en long et en large, qui sait peut-être bientôt ? En attendant, j’vous fais faire un petit tour ?

1) Côté jeux innovants, Monsieur B. vous sort le grand jeu !

Matthieu B. est un gars formidable. Il fait partie de ces gens qui ne sont jamais agressifs, qui posent des questions ou tournent la page plutôt que d’en venir aux attaques ad hominem en cas de désaccord et qui, quand ils ont quelque chose à défendre, le font bien.

Et le truc de Matthieu, ce sont les jeux qui sortent de la dynamique « 1 meneur/meneuse et plein de joueurs/joueuses à côté » . Que ce soit sans aucun.e meneur/meneuse, avec tout le monde aux commandes, …

Bref, son blog C’est pas du jeu de rôle m’impressionnait déjà beaucoup mais récemment, Matthieu y a publié une liste de jeux sans meneur… avec l’ambition de rédiger une mini-critique pour chacun des plus de trois-cents jeux recencés. Et il l’a déjà fait pour vingt jeux au moment d’écrire ces lignes !

Alors si vous voulez vous lancer dans le jeu différemment, mais que vous ne savez pas par où commencer, allez-y. Un système de tags vous permettra de trouver sans peine les jeux pour débutants/débutantes ou joueurs/joueuses confirmés/confirmées, ceux qui concernent certaines thématiques (non-violent, romance, …) ou encore par auteur/autrice !

Ca se passe par ici : La grande liste des jeux… (reloaded).

2) Côté jouer autrement : le jeu en performance

Ca fait un moment que je tourne autour du pot. J’ai tenté l’analogie du football, je vous ai parlé de mes signes gestuels… sans savoir vraiment où ça menait mais en étant à peu près sûr que j’adorerais la destination. Il se peut que j’aie trouvé ce que je cherchais depuis un moment.

Sur le blog d’Eugénie (une rôliste géniale qui elle aussi vient de l’improvisation théâtrale – coïncidence ? je ne crois pas), elle a publié un double article écrit avec kF : Jouer en performance 1 et Jouer en performance 2.

Ces articles sont complexes mais valent cent fois d’être lus et compris. Pour moi, ça ouvre la voie à ce que je cherche depuis longtemps en jeu de rôle sans vraiment parvenir à mettre des mots dessus : une sorte de jeu en expérience totale, où tout compte, où on met la vibration commune, l’expérience vécue à table ENSEMBLE, au centre de tout. Où on cherche l’éclate totale, l’exploration de nouveaux possibles tant que ça sert ce qui se vit là. On approche du théâtre, on confirme le potentiel qu’a le jeu de rôle à devenir art à part entière… moi, ça me met des étoiles dans les yeux !

3) Côté conception de jeu : le choc de la compensation et de la performance

Dernier point chaud du moment, un double article écrit par Frédéric Sintès d’une part et un autre, par Eugénie, d’autre part.

Après un long silence, Sintès revient avec un double article très intéressant sur la compensation. Dans le premier, il définit la compensation comme l’apport d’une table en vue de combler des lacunes d’un jeu ou pour rapprocher l’expérience à table de ce qui plairait davantage aux joueurs et joueuses. Il est important de se dire avant de commencer la lecture des articles que pour lui, la compensation n’est nullement un terme péjoratif, ça désigne simplement une manière de jouer. Et lui préfère jouer en la limitant le plus possible.

Dans la deuxième partie de l’article, sur ce qu’il appelle le « lâcher-prise », il passe à la description de ce qui permet d’après lui de créer des jeux supprimant au maximum la compensation une fois à table. En clair, que le jeu fournisse une proposition créative et des règles telles qu’il soit possible pour la table de se laisser porter par le jeu pour aboutir à une partie de qualité, pour autant qu’elle suive les conseils de l’auteur ou autrice.

Eugénie, elle, poursuit son exploration théorique du jeu en performance en tentant de définir ce que la conception de jeu peut amener à son dada. Elle revient sur plusieurs de ses déclarations (qui consistaient apparemment à dire que créer des jeux ne servait à rien tant qu’on avait Inflorenza entre les pattes) et envisage des éléments de conception de jeu pouvant aider à accéder au jeu en performance.

Pourquoi mettre ces deux articles en vis-à-vis ? Parce que les deux se font écho en ce qu’ils témoignent très joliment d’une poussée dans la même direction depuis deux points de vue différents. Frédéric Sintès parle depuis le « system does matter » : concevoir des jeux efficaces permettra, tant que la table comprend et applique le jeu tel que transmis par l’auteur ou l’autrice, de garantir une expérience de jeu satisfaisante. Les participants et participantes n’auront « plus qu’à » suivre le jeu sans y importer leur style, leurs habitudes de jeu. Ce que cet angle promet c’est d’apprendre énormément, parce qu’on sera bousculé. Le jeu nous amènera à des endroits où on ne serait pas aller naturellement. Un point pour lui.

Eugénie, elle, parle depuis le « player does matter » : elle place l’expérience à table au centre de son propos. Ce qui compte, c’est de faire prendre conscience aux gens à table des potentiels qui les entourent. Réagir différemment (en concédant ou en jouant l’impact), multiplier les canaux de communication (déchirer une feuille et la jeter en confettis au-dessus de la table, utiliser des signes gestuels mais aussi dire le méta pour l’incorporer à ce qui se vit), inclure des parties d’autres jeux dans des campagnes pour explorer d’autres facettes des personnages et de l’histoire, … La conception de jeu ne vaut que tant qu’elle vient apporter des choses à table. Si des mécaniques gênent, enlevons-les. Si on a une idée de mécanique nouvelle, ajoutons-la. Un point pour elle aussi, balle au centre.

Les deux articles témoignent d’une envie d’aller toujours ailleurs, de renouveler les expériences vécues à table. Ce qui me touche aussi dans ces articles, c’est que l’auteur et l’autrice commentent abondamment depuis leurs pratiques. Ce sont deux lettres au Père Noël transformées en billets théoriques. Et surtout, iels ne dénigrent nullement la position « adverse » , comme si iels sentaient qu’au-delà de ce qui les sépare, quelque chose de plus grand les unit.

Tant que des gens témoigneront autant de passion et de patience à tenter de comprendre ce qui les meut et à le formaliser pour d’autres, le jeu de rôle aura de grands jours devant lui.

Et moi ? Patience…

Oui, j’ai beaucoup de travail par ailleurs. Je suis jeune comédien, doubleur, assistant metteur en scène, j’aimerais créer mon premier spectacle dans pas trop longtemps… tout ça prend du temps et de l’énergie mais surtout exige que j’y consacre mes pensées. Je délaisse donc quelque peu la réflexion sur le jeu de rôle pour le moment…

Mais patience ! Cette semaine, je vais faire une semaine de cure ludique dans le sud de la France. Ce sera bien le diable que je ne revienne pas avec des carnets plein d’idées d’articles, de comptes-rendus de discussion et autres carburants puissants pour ce beau blog. En tout cas, je suis loin de lâcher l’affaire. Alors restez aux aguets…

A bientôt, sur Une pincée de Fel’ .

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