L’interview-fleuve : Volsung

Logo-2d6cool-w1282Volsung est l’animateur d’un podcast dont j’ai déjà chanté les louanges : 2D6+Cool. Bien avant l’article paru il y a quelques semaines, en décembre 2017, je l’avais interviewé dans le but de rassembler de la matière avant d’ouvrir Une Pincée de Fel. S’en sont suivis de longs mois de révisions de la transcription, de délais, de post-position… Bref, en même temps que Volsung sort un épisode spécial Foire aux Questions sur son blog et le diffuse via Youtube, j’ai le grand plaisir de publier une interview-fleuve qui n’a pas volé son nom.

Et pour amplifier le cross-over, vous aurez la grande chance (au secours) de m’entendre poser des questions à Volsung. En effet, la première partie de son épisode spécial n’est autre que la lecture à l’audio de l’interview qui suit. Alors pour ceux qui préfèrent lire qu’entendre, c’est ici que ça se passe. Pour les autres, rendez-vous sur 2D6+Cool !

C’est parti.

Felondra (F) : On peut commencer par l’inévitable présentation : t’es qui, en fait, Volsung ? Sur 2D6+cool, tu ne fais pas de présentation de ton toi-même. Alors pourquoi ne pas faire ça ici ?

Volsung (V) : Je suis un rôliste lambda. J’ai commencé avec des Livres Dont Vous Êtes le Héros, tels que Dragon d’or, Défis fantastiques, Quête du graal, Loup Solitaire et j’en passe, avec délice et volupté. Puis je suis tombé sur un Star Wars D6 sans comprendre de quoi on me parlait. Ce n’est que plus tard, à l’époque du lycée, que je suis revenu à ce petit bijou et qu’on a commencé à y jouer avec les potes de mon patelin… Au point qu’on a fini par décliner le système D6 à toutes les sauces, quitte à faire du Dragon Ball Z avec.

Guère plus tard, j’ai fait du Warhammer, du Cthulhu ou du In Nomine Satanis/Magna Veritas, ainsi que des scénarios tirés du Graal rôliste Casus Belli. A l’époque ce genre de presse (avec Dragon magazine) étaient nos seuls liens avec l’univers rôliste hors de nos tablées de lycéens.

C’est une fois étudiant que j’ai eu droit à mes baptêmes du feu: en GN, Donjons et Dragons 3.5 et quelques années plus tard la série White-Wolf avec Vampire la mascarade et surtout Loup-garou l’apocalypse. Puis vinrent des jeux étranges comme Fate, Smallville, Patient 13 ou Barbarians of Lemuria. Et finalement, je suis tombé dans le chaudron Apocalypse World (AW) et sa longue lignée de jeux Propulsés par l’Apocalypse en même temps que les anglophiles vers 2010 [Pour plus d’informations sur le PbtA, voir par exemple ma critique de Night Witches. Note de Felondra (NdF)]. Un virage évident dans ma vie rôliste. AW est resté pendant un moment une relique que je ne savais pas appréhender.

F : Et qui a pourtant abouti à 2D6+Cool, non ?

V : La vraie détonation de départ vers 2D6+Cool, ça a été feu le podcast The Walking Eye. A l’époque, il testait des OVNIs comme AW. Le fait d’écouter un Actual Play m’a beaucoup aidé à appréhender le jeu. Et plus encore avec celui du Jank Cast. Ils ont fait deux campagnes d’AW qui m’ont bluffé nommées Leviathan et Black Diamond.

Elles présentaient des fictions réellement centrées sur les personnages-joueurs, avec des personnalités en nuances de gris. Ca me changeait énormément de mon expérience sur table jusque là. C’est aussi au Jank Cast que je dois la découverte de Soth d’ailleurs.

Au départ, ça m’a été difficile de mettre en pratique ce que j’avais découvert là, mais grâce au jeu en ligne j’ai pu rencontrer des gens comme Kalysto, Antoine, Eric Nieudan, Peggy Chassenet et d’autres. Moi j’avais super envie de tester des trucs, et Peggy m’a dit “ ok, on va essayer ça…” Et elle a crée l’Auberge Virtuelle [Une communauté G+ de jeu de rôle par Hangout et Roll20, NtF]. C’est né comme ça, comme un lieu pour se divertir entre nous. Puis ça a continué à se remplir, jusqu’à exploser avec Aventures du Joueur du Grenier, qu’on ne présente plus.

Grâce au jeu en ligne, tu peux trouver des gens qui ont les mêmes attentes que toi, qui sont prêts à tester des jeux étranges comme Monsterhearts par exemple, qui ne trouve pas forcément sa place à toutes les tables. Comme il n’y a plus de contrainte géographique, c’est très facile ! Tout cela m’a permis d’expérimenter des parties en ligne incroyables, avec des moments inoubliables. En parallèle j’avais aussi trouvé une petit bande de joueurs sur Nice, où je vivais alors, avec qui j’ai vécu des trucs énormes jusqu’à atteindre un putain de pied à table. Un genre de point de non-retour quoi.

Apocalypse-World-300x463Petit à petit, j’avais développé ma propre vision sur la manière de jouer à AW et au PbtA en général. A l’époque, on prêtait au livre des vertus, des pratiques qu’il n’avait pas forcément et que je réclamais à ma table. De fil en aiguille, j’en suis venu à des querelles de clocher, notamment sur Casus NO et G+ où on se balançait « mais c’est comme ça que ça doit se jouer » à tout bout de champ. Ca prenait des dimensions religieuses, où chacun avait sa propre interprétation des saintes écritures. … C’est à cette période qu’est né Bloody Tears. Notre première campagne d’AW enregistrée et diffusée sur Youtube.

D’une part j’avais envie de crier mon amour au Jank Cast en enregistrant moi aussi une partie issue de tout ce qu’ils m’avaient inspirés. Mais c’était aussi un genre d’ego-trip : en jouant et en publiant Bloody Tears, c’était une façon pour moi de gueuler : « Voilà, c’est comme ça qu’on joue à ce putain de jeu ! » J’étais convaincu d’être dans le vrai. Ca m’a permis de tester plein de choses que j’avais fantasmées jusque là, utiliser mes portraits de Grimace [galerie de centaines de portraits mise en place par Volsung en retouchant des images existantes, une aide de jeu très impressionnante disponible sur son site, NdF] en guise de fronts et de notes, d’improviser sur le moment en fonction des actions de joueurs, et de ne pas avoir à potasser un scénario intimidant du commerce, aussi riche soit-il. On a aussi osé aller loin dans le trash – dans lequel j’ai tendance à me complaire régulièrement, je l’avoue.

Le problème c’est que mes attentes étaient telles que je me mettais une pression dingue : toujours jouer à 400%, être hyper exigeant sur le contenu, etc. Ca a pu casser le fun autour de la table et c’est malheureux.

 

F : Autour de Bloody Tears, dans ce qu’on ne peut pas ou ce qu’on ne peut plus entendre aujourd’hui, y’a eu des consignes de jeu ? Un contrat social hyper strict ?

V : Très peu ! Le trio avait été casté en écoutant des parties enregistrées de Thomas Munier. Sachant que les parties de Thomas sont très intenses, le contrat était signé tacitement. S’ils acceptaient de siéger à une table d’Inflorenza pour vivre de tels drames morbides, il ne me restait pas grand chose à briefer derrière. Je leur ai dit que je n’avais pas vraiment de scénario, que je comptais les suivre du mieux que je pouvais. Je les ai encouragés à tenter tout ce qui leur traversait l’esprit y compris de tuer des personnages, …

De toute manière ça s’entend que ce sont des joueurs avec une énorme personnalité et encore sur la campagne du Dodécaèdre diffusée actuellement. Ils ne vont pas bouder leur plaisir en suivant des « consignes » .

De plus, les vieilles vidéos de Bloody Tears ont été diffusées telles quelles, sans montage.

 

F : 2D6 +cool était né ?

V : Pas encore. J’étais content mais ça ne me suffisait pas en terme de format. Si j’étais inspiré par le modèle du Jank Cast, je voulais proposer quelque chose de semblable, voir encore plus léché. Des sessions d’Actual Play montées pour ne pas lasser le public, et avec un accompagnement musical adapté à chaque scènes. Et C’est Julien Pouard qui m’a dit d’y aller, que ça se passerait bien, et qui a vaincu mes dernières réticences à l’idée de me lancer dans cette aventure-là peu de temps après notre expérience d’actual play Fellowship chez Altaride [Nom du Podcast qu’anime Julien Pouard – voir mon interview de lui 😉 NdF]. J’ai alors banqué un nom de domaine pas cher, un pote a réglé l’aspect technique (parce que je suis une bille dans ce domaine) , et 2D6+cool est né pour de bon.

Plus tard, Antoine est arrivé et m’a proposé de faire des Formats courts, dans le style du podcast américain The Gauntlet (qui faisait des enregistrements qui duraient parfois pas plus de 8 minutes !). Il était frileux à l’idée de lancer la chose de son côté, il aimait bien le traitement audio que j’accordais à mes parties, et m’a ainsi proposé sa formule. J’ai déchanté un instant en voyant qu’il avait déjà un camarade en la personne de Khelren, vu que je m’attendais déjà à animer l’émission à ses côtés. Heureusement, j’ai fini par avoir ma friandise avec un Dungeon World (DW) aux petits oignons ! D’ailleurs, pour l’anecdote, je cabotinais comme un âne sur les séances de DW parce je voulais contrebalancer le côté posé de Khelren sur The Sprawl. A l’époque, l’identité du podcast n’était pas encore assez solide et je voulais mettre en avant le côté over the top. Ce qui n’empêchait pas une partie des auditeurs d’être plus réceptif au sérieux clinique de The Sprawl.

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F : Du coup, c’était quoi l’objectif de 2D6+Cool ? Présenter des jeux ? Des manières de jouer ?

V : Tout cela à la fois. Bien que la manière de jouer a fini par prendre l’ascendant sur le reste. Des parties dans lesquelles on pousse la fiction – aussi cliché soit-elle -, où les personnages-joueurs sont vraiment au premier plan et où les joueurs ont voix au chapitre. C’est pour ça qu’on s’axe fort sur les séries télé. Un truc qui se prend plus au sérieux que les soirées «bière-pizza-déconne » – Note que j’ai rien contre, j’en fais très régulièrement hors du podcast. Mais il y a certains jeux pour lesquels ça peut générer de la frustration. Dans des jeux PbtA, pour ne citer qu’eux, je tiens vraiment à être dedans. A ce qu’on s’applique.

C’est un des avantages des parties en ligne. La webcam devient très vite optionnelle pour des raisons de bande passante. Comme le tout se fait sans visuel, on est souvent plus studieux, scolaires. Au pire, quand un joueur a besoin de lever le pied, il peut papillonner dans son coin ou papoter avec les autres par écrit. Mais il n’y a pas ce brouhaha où plusieurs conversations en parallèle s’entrechoquent. Au mieux ils sont captivés par ce qui se joue même quand leur personnage est absent de la scène. Du coup, la fiction est reine, on n’en perd pas une miette, ce qui me gratte plus la où ça me démange. J’assume que parfois ça se respire très fort sous les aisselles ou que ça vise (trop) haut. Faut pas se leurrer, on n’a aucune formation de comédien, de metteur en scène, de raconteur d’histoires radiophoniques, mais on fait de notre mieux. Et je pense que souvent, ça ne sonne pas trop faux. C’est assez difficile d’avoir un réel retour du public mais j’ai régulièrement des commentaires élogieux à ce sujet, ça fait chaud au cœur. Si nos frasques donnent envie aux auditeurs de reproduire notre style de jeu à leur table, ben c’est champagne.

F : Il y a un côté pédagogique là-dedans, où vous présentez les moves, les aspects techniques du jeu. C’est voulu ?

V : L’aspect pédagogique, avec lecture des moves et autres, est venu après, avec les Formats courts. Je réfléchis pas tant que ça au format, à ce qu’on fait à part jouer. C’est Antoine et Khelren qui l’ont mis en place dans leur partie de The Sprawl et j’ai ensuite recyclé ça sur Monster of the Week (MotW) sous la bannière ‘Format court’, mais ça a fini par s’inviter sur les autres formats, comme Macadabre ponctuellement, par mimétisme.

Bannière The Sprawl

Le podcast évolue en fonction de mes envies, de mes humeurs. Par exemple, des bêtisiers ont fini par faire leur apparition, car j’avais à cœur de rappeler que c’était un jeu, que derrière on se marrait. A une époque il y avait un montage de citations de l’épisode à venir en ouverture de séance. En effet, si la partie a le malheur de ne pas être fascinante dès les premières minutes les gens zappent, ce que je comprends parfaitement dans notre jungle de divertissements. Alors j’ai piqué cette idée-là dans le podcast anglo-saxon d’Actual Play Fandible. Un cocktail de répliques dites d’un ton véhément, d’entrée de jeu, ça pousse l’auditeur à imaginer ce qui se passe après. De quoi ferrer le poisson. Je me suis amusé à brouiller les pistes, pour que les gens aient une fausse idée de ce qui allait se passer.

Mais j’ai abandonné cette formule, les épisodes devenant plus courts.

J’ai même fini par enlever les bruitages qui représentaient le résultat d’un jet, notamment parce qu’en quittant le PbtA on arrive sur des systèmes différents, comme Macadabre ou Dodécaèdre, où il n’y a plus les 3 types de résultats emblématiques.

Certains auditeurs m’ont reproché de ne pas faire des sagas radiophoniques à 100%, où on virerait les aspects mécaniques ou meta. On n’est pas si loin de la saga mp3, avec les musiques timées par scène, mais à mes yeux, faut que ça reste du jeu de rôle.

Plus que jamais, je tiens à conserver les débriefings qui étaient tabou avec mes premiers groupes de joueurs. C’est important de donner le ressenti de la table ‘après match’. De plus, certains auditeurs les plus captivés m’ont avoué que ça les aidait à ‘couper le cordon’ avec la fiction définitivement achevée.

F : Donc donner à voir une partie, un jeu, comment ça tourne, c’est important pour toi ?

SothV : Ouais. Je voulais préserver le côté hors-jeu pour garder l’authenticité de la chose et montrer à quel point ça pouvait être expérimental cette façon de ‘dribbler’ avec la fiction. Parfois un joueur me fait une passe et je reste un peu con. C’est bien que les auditeurs entendent ça aussi je pense.

Par ailleurs, dans Soth par exemple, où la fiction va très loin, c’est important d’entendre qu’on décompresse, qu’on ne cautionne pas le canon qu’on est en train de vivre à table. C’est une façon tacite de montrer que la X-Card est là.

 

F : Et puis vient un retour aux sources, à du brut, avec la vidéo de présentation pour MotW VF. C’était quoi ça ?

V : La vidéo de présentation, figure-toi que c’est Dead-Crows [Maison d’édition ayant assuré la VF de MotW, NdF] qui m’a demandé de pondre un truc à l’occasion du financement. Ils ont été séduits par les formats courts dédiés au jeu et ça nous a bien fait plaisir. Et comme l’image fait vendre plus que juste le son, on a enregistré une vidéo cette fois.

F : Tu connais l’impact de cette vidéo sur le financement ?

V : Aucune idée. Il y a eu plein de vues de la vidéo mais au-delà, c’est dur à dire. Je sais qu’à l’époque, le petit épisode de Libreté semblait avoir eu un impact – Mais comme il arrivait en même temps que le buzz de Radio-Rôliste, d’Altaride et autres, c’est difficile de quantifier son mérite (faudrait d’ailleurs trouver un terme pour désigner cette petite mafia indépendante qu’on forme avec ces podcasts). Pour The Sprawl, une partie du public a dû l’écouter, mais de là à dire que ça a impacté les chiffres de la souscription… Peut-être qu’en fait les souscripteurs étaient déjà acquis grâce au podcast avant même que le financement ne pointe le bout de son nez… Qui sait.

Sur MotW, d’ailleurs, ma manière de mener qui n’est pas kasher a pu « tromper » un peu les gens sur le jeu lui-même. J’ai pour habitude de commencer en laissant la tablée décider à la carte de ce qu’elle fait – tu chasses quoi, t’es où, tout ça… Je fais même ça IRL, ça permet un in media res intéressant avant que je ne débarque avec mon mystère préparé. Si un auditeur qui ne connait pas MotW entend ça, il pourrait se dire que c’est un jeu où le meneur laisse bosser les autres joueurs, ou qu’il est totalement tributaire de sa tablée, ce qui est faux, en plus de ne pas plaire à tout le monde.

F : En t’écoutant, j’ai l’impression que tu as l’air d’endosser une responsabilité quant au fait que les gens doivent avoir une idée « du » jeu tel qu’écrit ligne par ligne.

V : C’est vrai. Je reste marqué par toutes ces discussions entre « docteurs ès apocalypseries » sur la manière « authentique » de jouer le jeu. Sauf qu’à trop me la jouer psychorigide je risque d’effrayer un novice et rendre la gamme impopulaire. Un certain Axel Tentacle doit pas mal se marrer au souvenir de nos prises de becs régulières sur Monsterhearts.

 

F : Tu te sens obligé de jouer « by the book » quand c’est enregistré pour 2D6+cool et de garder tes adaptations pour toi ?

V : Non, bien sûr. Ma ligne éditoriale est à mes yeux plus importante que le jeu lui-même. Et ouais!

Certains podcasts jouent hyper by the book/System does matter et tant mieux. Moi, je fais sciemment des incartades. Mais finalement, on adapte toujours un peu consciemment ou pas. On peut vite interpréter un même texte différemment, suivant notre sensibilité. S’approprier un jeu est naturel, mais ce processus commence parfois dès la première page.

macadabreA nouveau, je ne serais pas si chatouilleux sur le sujet si je n’avais pas eu mon lot de querelles de clocher autour de la « bonne » manière de jouer. Sur Macadabre, par exemple, avec tous mes réflexes de PbtA, j’ai eu du mal à mener sans me défaire de mes habitudes : inviter le joueur à faire des flashbacks, poser des questions qui dérangent. Macadabre a un côté hard-core, après tout tu joues debout, t’es là pour explorer des hexagones, faire des choix tactiques, survivre et trouver les secrets, pas nécessairement pour faire du drame. T’en as pas le temps, et vu la haute mortalité et l’inconfort, pas le courage. Mais je n’aurais pas pu le mener différemment. La ligne éditoriale du podcast a ainsi perverti le jeu présenté au point de le dénaturer un peu. Et cela s’est encore reproduit avec le tout récent Firebrands. Je plaide coupable.

Maintenant, un scoop : on pourrait croire que j’ai choisi cette manière de jouer cinématographique expressément pour le podcast. Mais en fait c’est le contraire : le podcast me permet de jouer exactement comme j’aime.

F : Tu joues comme ça hors-podcast ?

V : Oui, mille-fois oui ! Depuis longtemps avant le podcast, je bassinais mes joueurs avec du vocabulaire cinématographique, je lançais des grandes déclarations avec le trémolo dans la voix, … Sur le podcast ça passe, c’est radiophonique et ça donne l’excuse à mes camarades d’en faire de même. Ca a pu choquer des joueurs, par exemple de décrire des choses qui arrivent « hors-champ » comme si elles étaient destinées à des spectateurs qui ne sont pas là. Moi j’adore. Après tout, Casus belli osait des scènes du genre « pendant ce temps à bord du croiseur impérial narrées par le meneur.

Je joue toujours comme si j’avais un public. Selon les profils de joueurs, certains peuvent bloquer sur le fait que ce soit enregistré, pour d’autres ça ne change rien. Mon vocabulaire est plus grossier ou approximatif hors-podcast, mais beaucoup de ce qui fait mon style reste intact. Ca m’arrive d’ailleurs de m’enregistrer pendant une maîtrise sans qu’il y ait de podcast derrière, pour m’encourager à tout donner. Car ce geste signifie ça tourne. J’aime jouer comme ça.

F : Et comment tu prépares avant de mener ? Je veux dire, tu fais d’autres choses que de lire la base de jeu et prendre quelques notes ? Tu regardes des séries, tu lis des bouquins sur la période ou l’esthétique concernée ?

V : Souvent durant une saga, je tâche de me maintenir dans le bain. J’entretiens ma culture du canon esthétique en bouffant des séries télés, films ou jeux sur le thème. Des jeux vidéos j’entends.

Pour les parties PbtA, après la première séance, j’entretiens un trombinoscope des premiers rôles. Ils me servent de front à la AW. Je garde à l’esprit leurs fonctionnements, leurs objectifs et ce qu’ils pourraient convoiter ou reprocher aux personnages-joueurs. Le podcast flattant la punchline, il m’arrive de noter des mots-clés à placer dans des répliques. Même si dans ce cas précis les trois-quarts passent à la trappe car dans le feu de l’action c’est difficilement le genre de chose que tu consultes.

F : Et quant à cette ligne artistique très série télé ? Tu emploies un langage cinéma, tu places l’action aux Etats-Unis contemporains quand c’est possible, tu parles de budget, d’épisode-pilote, etc. Pourquoi à ce point-là ?

V : Déjà, je suis un afficionado des séries télé. Et, à l’exception de quelques Kaamelott ou des bijoux plus à l’Est, on baigne dans l’anglo-saxon : les Anglais font des séries comme personne et nous n’avons plus rien à apprendre aux Etats-Unis depuis longtemps. Rapidement j’ai eu envie de vivre ce type de fiction sur table. Et puis ça m’amuse fort de me dire que la fiction qu’on vit à la table pourrait être diffusée dans un monde alternatif. C’est pour ça ; par amusement.

F : Mais au-delà de ça, les séries télé c’est un langage qui permet de véhiculer des sensations, des effets, etc. Non ? Un langage que tout geek (ou presque) connait bien. En faisant référence à des angles de caméra, à du champ-contre-champ, à ce qui se passe hors-champ, on se donne accès à un vocabulaire qui aide à rapidement, efficacement, donner à voir sans décrire des heures.

V : Bien vu, je n’y avais même pas pensé. Faut avouer que ça me vient naturellement et que c’est une façon de reprendre mon souffle.

De la même manière, faire une petite blague marque une ponctuation, permet de lâcher de la tension, avant de relancer la machine.

F : En parlant de reprendre son souffle… La pression du podcast impacte ta façon de jouer ?

V : Il y a quelques mois, je n’aurais pas répondu la même chose à ta question. Du temps de Monsterhearts, j’étais à l’aise et dans un trip très naturel, mais MotW : The Spooky a changé pas mal de choses. J’y viens.

A mes yeux, jusqu’à Fuck You Very Much, nos parties étaient très spontanées. Jusque là, je sucrais uniquement les blancs, ainsi que les blagues et les à-côtés poussés au point de nous sortir totalement du jeu. Mais, au bout d’un temps, le format podcast a commencé à pervertir la partie elle même. Sur DW, je commençais à faire attention à la formulation, par exemple. En même temps, c’était lié à la manière de mener d’Antoine. Quand il narre, il se pose, il a un débit de parole lent qui permet de toucher au mot juste. Du coup, une fois montée, on a une prise de parole efficace, belle, qui donne super bien. Et puis objectivement, j’ai beau avoir une vision, des exigences, je suis loin d’être le plus vif de mes invités. Aussi j’ai commencé à singer ça ; choisir mes mots, prendre le temps, pas avoir peur de laisser des blancs. Du coup les enregistrements avaient une durée bien plus grande non-montés que montés. On avait des épisodes dont la durée était divisée par deux après montage. Ca laissait songeur : est-ce que c’était toujours authentique ?

Puis vint la partie avec Morgane Reynier sur The Spooky. Je cherche toujours à caster, à encourager des pratiques à ma table. Et là, je suis tombé sur une perle, qui a mis la barre tellement haut que je devais faire encore plus attention pour la suivre. Elle était meilleure que moi dans ce qui me plaisait et les parties m’épuisaient. D’habitude, je me dépense dans une partie, mais la maestria de Morgane m’a mis à genoux. Et il y a ainsi eu un avant et un après.

Normalement Format court était une exception. Une pratique plus soignée et moins naturelle qui tranchait avec les tablées de groupes (Grand format) plus spontanée. Or, on voit que le Moyen métrage Macadabre hérite du Format court et des défauts qui vont avec…

J’avais une telle pression que je perdais en fun à table. Et c’est marrant de voir que les épisodes de La Spada Rossa, publiés en même temps mais joués bien avant, ont un côté « retour aux sources ». Ca se prend moins la tête.

Alors oui, désormais, si je bute sur une phrase je recommence, je reformule. Ca je ne le ferais pas si il n’y avait pas le podcast derrière. Parce que j’en suis à un stade où je donne sans doute trop d’importance à la sacro-sainte fiction, ce que dégage le podcast, et ce que je crois que le public vient trouver là plutôt qu’ailleurs.

Y a moins ce côté bande de potes qui se marrent pendant que le dictaphone tourne. Et j’anticipe consciemment l’effort de montage qui m’attend derrière.

Vivre la partie et l’écouter, ce n’est pas pareil. Nous on passe un bon moment sur l’instant, mais je pense que l’auditeur, vu qu’il ne participe pas, vient chercher autre chose. Et si pour un spectateur notre partie est trop lente , trop confuse ou trop délirante, je considère cela comme un risque de le perdre en chemin. Conviction toute relative, hein ? Ce n’est pas un hasard si j’ai moi même soif de fiction quand je siège à une table quelle qu’elle soit. Ou si je recherche cela quand j’écoute ou je regarde une partie enregistrée…

Evidemment le risque, à jouer et à mener comme une représentation sur scène, c’est que cela se fasse au détriment du fun et de la convivialité, sans parler de la pression que ça provoque. Heureusement que les bêtisiers attestent de notre amusement. C’est un équilibre à trouver.

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F : C’est vrai ça, à quel point tu retouches ? Un format court c’est quelle durée de séance jouée ? Et les parties des débuts ?

V : Pour Macadabre par exemple, deux épisodes constituent une session complète. Des parties moins longues que d’ordinaire parce que les joueurs ont des impératifs horaires plus stricts. Pour Dodécaèdre, depuis son passage en Moyen métrage, les séances se découpent en trois épisodes. C’est aussi le cas de Firebrands qui est le fruit d’une seule soirée.

C’est risqué de procéder comme ça, parce qu’une partie, c’est un ensemble. Y’a des hauts et des bas. Des moments où on joue plus mollement le temps de récupérer avant un nouveau sprint. Couper une session en épisodes la prive de sa respiration. Ca peut donner des épisodes plus faiblard que d’autres. Mais bon, je tiens un rythme d’une publication tous les dix jours alors je ne peux pas trop faire d’un coup, je dois tronçonner.

Un Format court dure environ le double de ce qu’on peut entendre une fois monté. C’est une partie pour un épisode.

Point important du montage : la musique. J’adore mener en musique. Je raffole de ça, mais ça n’est pas du goût de tout le monde. Pendant un temps je streamais la bande son sur un autre canal, pour que les joueurs l’écoutent ou s’en fichent à leur convenance. Mais j’ai fini par abandonner cela pour préserver la bande passante. En définitive les musiques que l’on entend en cours de partie sont choisies après coup. Il est normalement impossible de prédire ce qui va se passer, et donc de choisir à l’avance quelles musiques restitueront fidèlement l’ambiance d’une scène.

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F : Alors la barre très haute que vous placez, c’est du direct ?

V : Généralement oui, à quelques exceptions près. Quand je suis quasi certain qu’une scène, qu’une réplique va se produire, je la rumine dans ma tête. Par exemple, l’intro de Macadabre , avant le choix du premier hexagone, je l’avais déjà déclamée telle quelle sur mes tablées IRL. Coté joueurs, je ne sais pas. Dans The Spooky par exemple, la scène où Esther Joyce jouée par Morgane laisse le vélo derrière elle pour partir avec son petit ami, tournant la page sur son enfance, c’est du Morgane tout craché. Est ce qu’elle l’avait anticipé ? Est ce qu’elle l’a improvisé sur le tas? Aucune idée. Mais comme on ne joue qu’une heure et qu’on laisse facile passer une à deux semaines entre chaque séance, on a le temps de « rêver éveillé » , d’anticiper des choses, sans pour autant les coucher sur papier. Après, il y a bien quelques répliques qui me viennent dans un demi sommeil ou sous la douche, que je ne peux m’empêcher de noter sur un post-it dans l’espoir de les sortir plus tard… Mais dans le PbtA les choses se passent rarement comme tu t’y attends. Anticiper est un piège! Un crime!

Par ailleurs, Sarah Morningstar jouée par Cassandre, sur The Chosen, m’a aussi bluffé. Quand elle prouve cruellement à Joshua qu’il n’est pas en mesure d’aller sur le terrain, c’est terrible. C’était cruel, cette façon de le mettre face à son handicap. Et il est clair que c’était spontané chez elle.

Ces moments de grâce ne sont pas du tout prévus, évidemment. On ne prépare pas les scènes ensemble – peut-être que chacun vient avec des As dans ses manches mais on se fait confiance et on balance.

J’insiste : si enlever les blancs permet de donner une impression de fluidité surnaturelle, c’est le seul gros lifting. Laissez-moi ces moments de jubilation, de grâce, vécus dans le podcast ! Ne doutez pas une seule seconde de ces instants délicieux qui naissent parfois pendant la partie. Il y a des moments où les scènes sont d’une justesse folle, l’alchimie à la table démentielle, ça ne se truque pas. Et je suis très heureux d’avoir pu piéger la magie de tels moments sur bande. Sur ces tablées, j’ai la chance d’être entouré par des joueurs habités, inspirants et généreux. J’ai beau m’atteler aux fourneaux pour cuisiner ces épisodes, je n’arriverais à rien sans les autres joueurs.

De toute manière, nous n’avons pas le monopole du bonheur. Tout rôliste vit des moments incroyables à sa table. Sur la partie Vampire Jeudi-JDR, ils ont les larmes aux yeux, c’est un truc de fou! C’est dire la force des émotions qu’offre notre loisir.

Le jeu de rôle fédère parce qu’il est intense et n’a rien à envier à d’autres média comme le cinéma. On pleure en salle de projection, devant des jeux vidéo ou des séries, pourquoi on ne pleurerait pas en partie de jeu de rôle ? Pourquoi ça ne serait pas un idéal à atteindre? Jouer en donnant tout ce qu’on a, sans se juger, sans regrets.

J’espère que des gens qui entendent ça ont l’envie d’importer ça à leur table. Tout comme j’ai voulu vivre ce que les joueurs du Jank Cast expérimentent.

Quand des gens me disent qu’ils écoutent 2d6+Cool en couple pendant leur repas, entre père et fils lors de long trajets sur la route, ou le temps de passer la tondeuse, ben moi je suis content !

F : Mais justement, en coupant ces blancs pour “doper” la fiction, est-ce que tu n’as pas l’impression de tordre le cou au médium et de te retrouver le cul entre le jeu de rôle et la fan-fiction ou la fiction radiophonique ? C’est encore du jeu de rôle, 2D6+cool ?

V : A mes yeux c’est toujours du jeu de rôle. Enlever les blancs booste le flot, lui donne un côté fantasmé. La clarté de la fiction comme la diction, sont nécessaire au podcast. Mais l’approche, l’exigence esthétique de 2d6+Cool dans la narration et le roleplay n’a pas besoin de micros pour s’inviter à une table, en virtuel comme IRL. C’est affaire de goût hein? Mais c’est ce que propose le podcast. Sa différence si j’en juge par les témoignages.

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F : Bon, changement brutal de sujet. Tu parles dans Bloody Tears de la grande claque qu’a été la découverte d’AW et de son système pour toi. C’est toujours vrai aujourd’hui?

V : Jouer au fur et à mesure une histoire centrée sur les PJ ou les actes ont des conséquences, c’est caviar.

J’ai rien contre les jeux gavé de lore, bien au contraire, j’ai pas besoin de narration partagée pour prendre mon pied tant que j’ai pas l’impression de faire de la figuration. Mais j’ai plus le temps, le courage, la cervelle pour ingurgiter les us et coutumes, l’histoire d’un royaume et les 50 acteurs d’une intrigue à tiroirs. Je ne critique pas, je suis juste pas équipé pour.

Aussi je ne pensais pas pouvoir proposer une bonne partie sans un travail de préparation sans faille. Jusqu’ici j’étais un meneur vraiment quelconque…Ben avec ces jeux-là, où rien n’est figé et où la tablée a plus que jamais son mot à dire, j’ai découvert que je pouvais m’épanouir et être hyper réactif. Déléguer certaines choses, et avoir le luxe de la surprise qui est souvent réservés aux PJ. On taxe ces jeux-là de jeux de feignasses car le Maitre de Cérémonie a l’air de mettre les pieds sous la table mais il n’en est rien. Il suffit de voir mon état d’épuisement en fin de partie !

F : Au fait, hors-podcast, tu joues à quoi en ce moment?

V : Ces temps-ci je joue pas tant que ça…Les parties planifiées prennent beaucoup de temps et surtout le travail autour du podcast, notamment par la pression de qualité croissante que je me mets. Là, ça commence à me manquer d’avoir des parties où je suis simple joueur, sans exigence de diffusion.Exil

Quand des gens jouent sur « mon » podcast, je dirige, je pousse, je veille au grain. Et je surchauffe un peu. Alors je pars me ressourcer en off. J’ai fait quelques séances de Sens… Achievement! Et avec Morgane aux commandes – ça envoie du lourd. Mais à part ça j’ai pas grand chose. J’ai repris des parties en club IRL avec du Pbta mais aussi d’autres choses, de Bliss Stage à D&D 5. De l’Exil, avec Côme et sa bande, en semi-table ouverte. Une expérience très intéressante, Terry Gilliam-esque, alors que je me méfie de l’absurde en général parce que ça file en décousu très souvent.

F : Oui, il y a ce problème souvent en improvisation théâtrale où des impros « absurdes » deviennent des impros « n’importe quoi ». L’absurde doit avoir une logique même si c’est une logique propre, interne, qui parait étrange, décalée ou absurde à quelqu’un d’extérieur.

V : J’en prends de la graine! Dans mes podcasts j’essaye de maintenir une cohérence, d’éviter que la fiction ne se perde. D’où ma peur de décrocher, de ne pas m’attacher à ce que je vis.

F : Mais tiens, le jeu en club, tu le vis vraiment pour te ressourcer uniquement ? Ou tu y vas aussi avec des envies de propager la bonne parole rôliste ?

V : Bien sûr. Mon club clermontois fonctionne de façon marrante : les tables sont listées sur un tableau et les MJ passent et vendent leur table à tour de rôle. Du coup j’ai vite été catalogué comme « Monsieur PbtA ». J’y ai amené du Star Wars World, Medieval Mayhem, Shonen World, Monster Hearts, AW, ou du MotW… Mais j’ai proposé Macadabre ou Final Girl aussi. D’ailleurs Final Girl est super parce qu’on peut vraiment lancer une partie sur le pouce et que ça marche très bien. Je me souviens d’une partie dans le contexte Alien où les joueurs étaient hyper contents qu’on leur demande leur avis, qu’ils puissent cadrer des scènes, etc.

FinalGirl

Donc oui, aller jouer en club c’est aussi proposer des choses qu’on aime et qui sont moins courantes. En convention aussi, j’ai déjà mené du AW avec trois joueurs qui en sont sortis avec l’air d’avoir eu une révélation. Ca ça fait plaisir. Et puis en club tu croises toujours une ou deux personne (genre une sur mille) avec qui tu es super au diapason. C’est beaucoup plus facile en ligne mais c’est magique en vrai. J’ai déjà rencontré des gens par hasard et avec qui on a eu par la suite des parties hyper intenses !

Un club c’est une roulette russe : tu peux trouver des gens avec qui ça colle et d’autres pas. Parfois tu as aussi des surprises. Par exemple, la petite copine d’un gars qui est venue pour lui faire plaisir et qui rase les murs… Bah tu lui poses des questions, parce que t’es en PbtA et que le système t’y pousses. Et là, elle se met à balancer des trucs ! Elle bombe le torse, elle sort de sa chrysalide… Le jdr c’est magique.

Mais je suis pas le seul apôtre là-bas. Il s’y joue régulièrement du Monsterhearts sans que je n’y sois mêlé de près ou de loin.

F : Et t’y amènes aussi des procédés comme la X-Card, ce genre d’habitude plutôt que des jeux ?

V : Oui ! X-Card, contrat social, des outils pour que la partie soit safe. Je leur annonce d’emblée que j’adore pousser la fiction mais que je veux le faire dans un environnement sain et certainement pas au dépend de qui que ce soit.

F : Bon, pour revenir un peu à mon plan, après cette chouette digression clubs, sur 2D6+Cool, y’a des projets qui vont débarquer ?

V : Dur à dire pour le moment, parce qu’à force de tronçonner les parties j’en ai en réserve pour plusieurs mois à monter. Y a pleins de jeux qui attendent leurs tours. Mais je ne veux pas les évoquer ici et me sentir prisonnier de mes engagements. Et puis je dois toujours enregistrer la troisième saison de MotW. Le but c’est d’avoir trois saisons par trois joueuses différentes puis de les rassembler pour un moyen-métrage final. J’ai lu un article d’Eugénie dans Casus Belli qui interrogeait les podcasts d’Actual Play sur la question de la parité et je me suis rendu compte que j’étais pas vraiment au top côté inclusion. D’où l’idée de ce trio féminin.

Je bidouille déjà l’ordre de parution pour varier un peu, pas rester des mois sur une ou deux campagnes. Y’a des gens qui aiment la diversité, faut savoir les contenter aussi. Seulement du coup d’autres se plaignent parce qu’ils attendent la fin d’une saga plus ancienne.

Et plus généralement, sur l’avenir du jeu de rôle, l’avenir, le vrai hein ? si la Terre n’explose pas dans les années qui viennent, je veux bien passer mes vieux jours à faire du grandeur nature à San Junipero façon Black Mirror. Mais dans l’intervalle , vu qu’on dérive déjà vers une dystopie Cyberpunk, il va bien y avoir un bond technologique où la frontière entre jeux vidéo, jeux de rôle et réalité virtuelle va se brouiller. C’est évident. Il y a pas mal d’inventions qui voient le jour parce que des films ou des séries les ont fantasmées en premier lieu.

F : Carrément ! Bon, pour conclure, une question que j’ai posée à Julien Pouard. Tu es plus ou moins dans les Courants Alternatifs. Qu’est-ce que tu attends des Courants Alternatifs et qu’est-ce que tu n’en attends pas ?

V : Oh, j’ai beau être inscrit sur le forum, je ne suis ni un théoricien ni un auteur, c’est surtout le Discord que je squatte. J’y ai pas mal de potes et on refait le monde façon piliers de comptoir. On délire autour de la pop culture, et parfois on se lance dans des débats enfiévrés sur le « vrai sens » de certains JdR.

Le stand d'octogones
Les membres des Courants Alternatifs à Octogone, en 2017.

J’aime bien leurs nombreuses initiatives créatrices, comme 1couv1page1jdr [concours de création de jeu à partir d’une couverture et d’un titre générés aléatoirement, pour aboutir à un jeu d’une page, NdF]. Il y a quelque chose de stimulant dans toute cette inventivité ambiante. Et ils ont eu une riche idée de se masser en un seul et unique stand à l’occasion d’Octogone. Ils ont ainsi gagné en force et visibilité. A cette occasion j’ai pu faire des rencontres, et mettre des visages sur certains noms avec qui j’avais joué virtuellement, d’autres avec qui je m’étais pris le bec. C’était très enrichissant, de se croiser sans écrans interposés.

Ce qui peut me chagriner en revanche, c’est comment certains ne peuvent s’empêcher de sur-intellectualiser et de jargonner à outrance. Dans ces moments-là je rumine dans ma barbe que « ça se tire la nouille copieusement » .

Si je nourris un brin de rancœur quand je suis confronté à ce genre de pavé, c’est aussi parce que je me heurte à mes propres limites. Je ne suis pas une flèche. Je suis complètement largué devant certains textes où la forme est tellement obscure que le fond reste inaccessible. Cependant j’ai la sensation que de telles « théories pour initiés » dégagent fatalement un genre d’élitisme qui divise au lieu de rassembler.

Ca peut rompre le contact avec la communauté rôliste. Si le terme ‘narrativo-vegan’ nous fait bien rire, ça n’en est pas moins un genre d’insulte. Et c’est bien dommage vu les gens inspirants et chaleureux que comptent les Courants Alternatifs.

Note que ce que je décris plus haut n’est pas du tout une généralité, il y a des réflexions autour du JdR qui savent rester accessibles. Au pire, mets cette parenthèse sur le compte de mon orgueil blessé.

D’ailleurs, en parlant d’orgeuil, j’espère que durant cette interview, je n’ai pas trop eu l’air de péter plus haut que mon cul. Si je crois un minimum en ce que je fais, et c’est primordial pour avancer, y a pas une seconde où je ne me livre pas à l’auto-critique ou à la remise en question.

Et pour en revenir à la théorie dans le jdr, même si je m’en méfie, je la garde à l’œil. J’ai adoré les podcasts sur l’Atomistique de Thomas Munier chez les voix d’Altaride. Ces réflexions m’ont permis de trouver une appartenance que je ne retrouvais pas dans cette bonne vieille théorie GNS. (les attentes ludistes, narrativistes et simulationnistes) .

 

F : Un dernier mot ?

V : Merci de m’avoir offert une telle opportunité. Je vais pouvoir frimer en présence de mes vieux potes en clamant à qui veut l’entendre « Je pèse dans le game !« 

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Un commentaire sur “L’interview-fleuve : Volsung

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